L’introuvable État palestinien

Publié le par Julien Salingue

Intervention lors du 1er colloque du CCMO

 

NB : le texte qui suit est l'introduction d'un article publié dans l'ouvrage Le Moyen-Orient à l’aube du printemps arabe (Actes du premier colloque du Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient), qui vient d'être publié aux éditions du Cygne. Voir à la fin de l'article pour une présentation de l'ouvrage et le bon de commande.

 

L’instabilité permanente dans l’ancienne Palestine mandataire résulte, en dernière instance, de la contradiction entre le projet d’y établir un État juif et la présence sur cette terre d’un peuple autochtone refusant d’abandonner ses droits nationaux.


Le peuple palestinien a toujours été un obstacle à la réalisation du projet sioniste. De l’annihilation de l’obstacle - le Plan Daleth et l’expulsion massive de 1947-49[1] - à son contournement/containment - le Plan Allon de 1967 et la cantonisation[2], le but reste le même : le plus de territoire et le moins de Palestiniens possible sous juridiction israélienne. Les Accords d’Oslo participaient de cet objectif : abandonner la gestion des zones les plus densément peuplées à un pouvoir autochtone tout en gardant le contrôle de la quasi-totalité du territoire. Le retrait de Gaza s’est inscrit dans cette logique.


Les Accords d’Oslo ont été envisagés, du moins par la partie palestinienne, comme une étape vers l’établissement d’un État palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza. Mais, 17 ans plus tard, la perspective de l’État indépendant n’a jamais semblé aussi lointaine[3]. De plus en plus de voix s’élèvent, y compris, du côté palestinien, chez d'anciens partisans et artisans du projet d’État, pour affirmer que ce programme est désormais « caduc ». Le titre de l’ouvrage de Ziyad Clot, ex-membre de l’équipe des négociateurs de l’OLP, en est une des plus récentes et des plus éclatantes illustrations : « Il n’y aura pas d’État palestinien »[4].

 

Aujourd’hui Gaza est isolée du monde et la Cisjordanie n’est plus seulement « occupée »  mais désormais « intégrée » à Israël. L’Autorité palestinienne, conçue lors de sa création en 1994 comme un appareil d’État chargé d’administrer les « zones autonomes » en attendant l’établissement d’un État palestinien, connaît une crise sans précédent et c’est la question même de son existence qui est posée.

 

Que s’est-il passé ? L’échec patent du projet d’État indépendant est-il dû au fait que les accords d’Oslo ont été malmenés ou trahis ? Ou à l’inverse, cet échec n’était-il pas inhérent à la logique d’Oslo ?

 

Pour de plus en plus d’analystes, la poursuite de l’occupation et de la colonisation, et la « digestion » de la Cisjordanie et de Jérusalem par Israël ont tout simplement fait disparaître les bases matérielles de l’établissement de l’État. Dans ces conditions, comment appréhender la politique conduite, par le Premier Ministre Salam Fayyad, de construction d’un État palestinien de facto, malgré l’occupation ?

 

Enfin, dans la mesure où la revendication de l’État indépendant a été conçue, au cours des années 70, comme une solution pragmatique dans un contexte socio-politique régional actuellement en plein bouleversement, n’est-ce pas le mot d’ordre de l’État indépendant, sans parler de sa faisabilité, qui apparaît de plus en plus comme étant à contretemps des évolutions régionales ?

 

(...)

 

Plan de l'article :

 

Les Accords d’Oslo : la poursuite de l’occupation par d’autres moyens

 

Le plan Fayyad : l’indépendance sous occupation ?

 

L’État palestinien : une revendication d’un autre temps ?



[1] Voir notamment Ilan Pappe, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, Paris, 2008 et Dominique Vidal et Sébatien Boussois, Comment Israël expulsa les Palestiniens, L’Atelier, Paris, 2008.

[2] Voir Gilbert Achcar, « Le sionisme et la paix, du Plan Allon aux Accords de Washington », dans Achcar, L'Orient incandescent, le Moyen-Orient au miroir marxiste, Editions Page deux, Lausanne, 2003.

[3] Voir par exemple Jean-François Legrain, Palestine : un État ? Quel État ? Note de l'Ifri, janvier 2010.

[4] Ziyad Clot, Il n'y aura pas d'État palestinien, Max Milo, Paris, 2010.

 

 

 

 

Présentation de l'ouvrage Le Moyen-Orient à l'aube du printemps arabe :

 

1couv moLe Moyen-Orient traverse une phase de bouleversements inédits dans son histoire. Au nom d’une démocratisation trop longtemps retardée, des sociétés du monde arabe sont parvenues à renverser leurs dirigeants, pour certains en place depuis près de 40 ans. Ces sociétés sous tension ont prouvé au monde qu’elles étaient enfin prêtes à prendre en main leur destin. Pourtant, pendant des décennies, une chape de plomb s’est abattue sur nombre d’entre elles, incapables d’assurer la relève politique et la transition démocratique.


Le premier colloque du CCMO, dont sont issues ces contributions, donne la parole à une dizaine de jeunes chercheurs. Il a souhaité se concentrer sur plusieurs thématiques récurrentes et reflet des difficultés que traverse la région : les tensions politiques qui persistent (Liban, Syrie et Territoires Palestiniens), les constructions et reconstructions permanentes (Liban, Égypte), l’influences des sphères locales et internationales (Turquie, Israël, Palestine).


Le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient a ainsi voulu apporter un regard neuf sur une partie des pays concernés par le Printemps arabe, et de manière plus globale sur une région stratégique du monde dont on désespérait du changement, et pour qui le nouveau siècle semble s’être ouvert un beau jour de décembre 2010 en Tunisie.

 

Renseignements supplémentaires et commandes sur le site du CCMO.

Publié dans Articles d'analyse

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