Colloque sur Israël à Paris 8 : ce que le CRIF ne veut pas laisser dire

Publié le par Julien Salingue

Sous la pression (entre autres ?) du CRIF, la direction de l'Université Paris 8 a décidé de retirer l'autorisation qu'elle avait accordée à l'organisation du colloque "Des nouvelles approches sociologiques, historiques et juridiques à l'appel au boycott international : Israël, un État d'apartheid ?", prévu les 27 et 28 février prochains. Le programme de cette initative est consultable en suivant ce lien.

 

Le colloque présenterait, selon l'Université, des risques de "troubles à l'ordre public". Le CRIF parle lui, avec son sens habituel de la nuance, de "provocation à la discrimination nationale, raciale ou religieuse". Afin que chacun puisse mesurer l'étendue des troubles et des provocations, je publie ci-dessous les deux résumés des interventions que j'ai préparées pour le colloque. 

 

(On pourra également se reporter à ma tribune sur Médiapart.)

 

 

1) L’administration civile de l’apartheid 

 

Juin 1967. Après la guerre des 6 jours, Israël occupe l’ensemble de la Palestine. Les habitants palestiniens de Cisjordanie et de Gaza se retrouvent, de facto, sous administration israélienne. Une administration militaire des territoires occupés est mise en place, qui va régir la vie quotidienne des Palestiniens au moyen d’ordres militaires. Officiellement nommé « Administration civile » en 1981, le gouvernement militaire n’a toujours pas, à l’heure actuelle, été dissous. Il continue d’émettre des ordres qui ont force de loi et qui peuvent, le cas échéant, conduire les Palestiniens à être jugés et condamnés par des tribunaux militaires israéliens. Pour la seule année 2010, 9542 Palestiniens ont été déférés devant ces tribunaux, avec un taux de condamnation de 99.74%.

 

Les colons israéliens, bien que résidant eux aussi en Cisjordanie, ne sont pas sujets aux mêmes lois et réglementations. Divers mécanismes juridiques leurs permettent en effet d’échapper aux ordres et aux tribunaux militaires, et de ne répondre qu’aux lois et à la justice civile israéliennes, moins contraignantes et plus respectueuses des droits de la défense. Coexistent donc, au sein d’un même territoire, deux systèmes judiciaires qui traitent de manière différenciée les habitants de Cisjordanie en fonction de critères ethnico-religieux. Comment est organisé ce système discriminatoire ? Comment se manifeste-t-il au quotidien ? Dans quelle mesure est-il l’expression de pratiques pouvant être assimilées à une politique d’apartheid ?

 

 

 

2) La résistance palestinienne : focus sur la résistance « populaire »

 

Depuis septembre 2000 et le début de ce que l’on a nommé « deuxième Intifada », l’approche dominante dans l’appréhension du conflit opposant l’Etat d’Israël au peuple palestinien est celle du « cycle de la violence » : les violences des uns succèderaient aux violences des autres, l’enjeu majeur serait donc la rupture du « cycle opération armée israélienne/représailles palestiniennes » (ou l’inverse). Ainsi se succèdent, de manière cyclique également, les appels à « l’arrêt des violences », posé comme préalable au dialogue en vue d’hypothétiques négociations entre les deux parties.

 

La confusion entre « violence » et « action militaire ponctuelle » occulte l’essentiel de la violence infligée par Israël au peuple palestinien : celle de l’occupation militaire, continue depuis juin 1967. Effet de miroir, la résistance palestinienne est appréhendée en étant amputée de l’essentiel : le combat quotidien contre l’arbitraire de l’administration coloniale. Cette invisibilisation de leur lutte a conduit les Palestiniens à envisager, au cours de leur histoire récente, des moyens d’action complémentaires afin de rompre leur isolement et de renverser un rapport de forces largement défavorable.

 

Depuis quelques années la thématique de la « résistance non-violente » occupe une place substantielle dans le champ politique palestinien et dans le mouvement international de solidarité. Dans quelle mesure la « résistance non-violente » est-elle en rupture avec les formes passées de la lutte palestinienne ? La « non-violence » revêt-elle la même signification pour les Palestiniens et pour ceux qui affirment les soutenir dans leur combat ? En dernière analyse, l’apparent développement de la non-violence traduit-il une réorientation stratégique de la lutte ou un changement tactique pour conquérir une légitimité ?

Publié dans Articles divers

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Marc Rolland 28/02/2012 17:55

"Mais, il est vrai que l'on n'a pas invité de défenseur de la politique israélienne. Si l'on organise un colloque sur la Résistance, doit-on obligatoirement inviter des collabos"
Rien qu'avec cette phrase, vous vous déconsidérez totalement. Ce n'est pas un colloque que vous souhaitiez organiser, c'est un meeting politique ou une manifestation. Qui n'a aucunement sa place à
l'Université. De plus votre comparaison est à proprement parler infâme, et je pèse mes mots. En tout cas indigne de l'universitaire que vous prétendez être. Et c'est le Professeur des Universités
que je suis qui vous le dis.

NOUAR Romain 22/02/2012 00:48

Quand l’université Paris VIII interdit un colloque sur le thème, «Israël : un État d’apartheid ?»

Publié par romainnouar le 20 février 2012

Chers amis, chers camarades

En janvier 2011, la direction de l’ENS annulait une conférence-débat de Stéphane Hessel sur le thème : “la répression de la campagne de boycott des produits israéliens”

En février 2012, c’est la direction de l’Université Paris VIII qui annule un colloque de chercheurs sur le thème : “Israël, un Etat apartheid?”

Les motifs de l’annulation de ces conférences sont pitoyables : “réservation de salles aux motifs imprécis” et “risques de troubles à l’ordre public”,

En réalité, dans les deux cas, ces annulations sont imputées aux pressions du CRIF et de ses réseaux d’influences.

Faut-il en conclure que c’est le CRIF qui décide, en dernier ressort, du bienfondé d’un sujet de colloque dans nos Universités.

Verrons-nous un jour, les universitaires quémander l’accord du CRIF d’abord, pour être sûr d’obtenir ensuite l’accord des directions d’universités?

Tristes perspectives.

Dans les faits, ces tentatives successives d’atteinte à la liberté d’expression déclenchent le réveil des universitaires.

La vague de protestation est immense, si on se réfère au nombre signataires de la lettre adressée à la direction de Paris VIII.

En contre-partie, le silence est assourdissant du côté des grands candidats aux présidentielles

La liberté d’expression dans les Universités n’est pas dans les programmes politiques.

En attendant, lisez la “Lettre des 300 contre l’interdiction du colloque «Israël : un État d’apartheid ?”

Bien amicalement.

Romain NOUAR