Pourquoi nous ne participerons pas à la soirée de clôture du Colloque "Israël-Palestine" des 6-7 avril

Publié le par Julien Salingue

Gilbert Achcar, Tareq Arar, Julien Salingue* 

 

En tant que participants au colloque « Israël-Palestine : Etat des lieux », organisé les 6 et 7 avril prochains au CNAM, à Paris, sous la direction d’Esther Benbassa, nous avons été interpellés et le sommes constamment par des personnes s’étonnant de notre participation. Nous avons donc jugé nécessaire de faire connaître notre position.
 

Nous participerons au colloque parce que nous estimons qu’une telle rencontre présente un intérêt majeur quant à l’actualisation des travaux de recherche universitaire traitant de la situation au Proche-Orient, et nous sommes reconnaissants à Esther Benbassa de l’avoir organisé. Nous avons cependant été surpris comme tout le monde, en prenant connaissance du programme définitif du colloque, d’apprendre qu’il sera clôturé par une table ronde – tenue dans un lieu différent : un amphithéâtre à la Sorbonne – à laquelle est convié Sammy Ravel, ministre plénipotentiaire auprès de l’Ambassade d’Israël à Paris.
 

Cette invitation pose à nos yeux un problème majeur : inviter un représentant officiel de l’Etat d’Israël dans un colloque universitaire nous semble aujourd’hui tout à fait inacceptable. Depuis plusieurs années, une campagne initiée par l’ensemble de la société civile palestinienne et soutenue par nombre de pacifistes israéliens demande aux Etats et aux populations du monde entier de rompre tout lien avec les institutions de l’Etat d’Israël, tant que celui-ci continuera de bafouer le droit international. Cette campagne, dite « BDS » (pour Boycott-Désinvestissement-Sanctions), s’inspirant du précédent sud-africain, c’est-à-dire de la campagne internationale de boycott et de sanctions contre le régime de l’apartheid, a pour objectif d’exercer une pression internationale sur l’Etat d’Israël afin qu’il respecte les droits du peuple palestinien. Il ne s’agit évidemment pas de rompre tout lien avec les Israéliens en tant qu’individus, mais seulement avec les institutions israéliennes qui participent à la perpétuation de l’injustice subie par le peuple palestinien.
 

La campagne BDS connaît une actualité toute particulière depuis la récente offensive israélienne criminelle contre la Bande de Gaza. Elle a rencontré depuis lors un écho très élargi. L’Assemblée des mouvements sociaux, réunie lors du Forum social mondial de janvier 2009 à Belém, Brésil, a appelé à « impulser » la campagne BDS et, dans une pétition récente, un grand nombre d’universitaires et de chercheurs en France même se sont engagés « à cesser toute collaboration avec les institutions israéliennes participant à l’occupation », tout en se déclarant « solidaires de ceux qui en Israël luttent courageusement pour les droits humains, sociaux et politiques des Palestiniens ».
 

Il nous semble donc particulièrement malvenu aujourd’hui de convier à un colloque universitaire un diplomate israélien. Il ne s’agit bien sûr pas de refuser le débat contradictoire : nous sommes tout à fait disposés à discuter avec des chercheurs israéliens qui soutiennent la politique de leur gouvernement. Il s’agit uniquement de refuser la présence d’un représentant officiel de l’Etat d’Israël dans une Université, a fortiori au moment où se met en place en Israël un gouvernement d’extrême droite avec pour chef de la diplomatie un raciste notoire.
 

C’est pourquoi, bien que participant au colloque au CNAM, nous déplorons fortement l’invitation d’un ambassadeur d’Israël à la soirée de clôture à la Sorbonne et déclarons que nous n’y assisterons pas.


* Gilbert Achcar est professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de l’Université de Londres; Tareq Arar est doctorant à l’Institut français de Géopolitique (IFG-Université Paris VIII) et président de l’Union générale des étudiants palestiniens (GUPS) en France; Julien Salingue est doctorant et enseignant en Science Politique à l'Université Paris VIII.

Publié dans Articles divers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Marianne 07/04/2009 08:55

Merci de votre attitude digne.

Une manifestation est-elle prévue contre l'amabssadeur de cet état d'Israël d'extrême droite qui vient de commettre impunément une nouvelle fois des crimes de guerre répétés?

Je me retrouve dans ces mots de Gilles Devers:

"Notre système de défense des droits de l’homme a de grands mérites, et a permis beaucoup de progrès. Mais les crimes commis à Gaza montrent ses limites : sous nos yeux, des innocents sont morts de la folie criminelle des dirigeants d’un Etat estimé fréquentable, défendus par les plus puissants des Etats de la planète. Il faut, par respect des victimes, revoir tout cela.

L’immensité du crime de Gaza parle à toutes les consciences. Ce besoin de justice doit être la pierre fondatrice d’un nouvel âge des droits de l’homme. Et finalement, nous le savions : la Palestine est un berceau de la civilisation."

http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2009/04/04/une-enquete-de-l-onu-pour-gaza.html

http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2009/04/05/gaza-plaidoyer-pour-la-cour-penale-internationale.html

Julien 31/03/2009 11:02

Bonjour,

Je suis assez sceptique quand à cette prise de position. Comment peut-on concilier le fait de dénoncer (à juste titre) la politique de boycott du Hamas par Israël et la communauté internationale tout en défendant un autre boycott, celui d'Israël (de ses représentants officiels) ?

Bien à vous

Julien

SAURYA 30/03/2009 21:22

BONSOIR

JE VOUS ENCOURAGE DANS VOTRE INITIATIVE

J"ETAIS PRESENTE LORS DE VOTRE DISCOURS A LA MANIFESTATION DU 28 MARS A CHATELET

CONTINUEZ VOTRE COMBAT POUR LE LIBERTE DES DROITS INTERNATIONAL CAR LA PALESTINE NE BENEFICIE PAS DES DROITS DE LHOMME....

François Nicolas 28/03/2009 07:38

Vous avez raison! Je trouve même qu'il faudra aller manifester à la Sorbonne (si elle est ouverte) contre ce ministre représentant l'État d'Isarël.
Quand intervient-il et où exactement?

Michel Ouaknine 27/03/2009 18:19

Il me semble qu'on ne peut que vous approuver: BDS ou pas, le représentant politique d'un camp n'a rien a faire dans ce colloque universitaire.
Jassisterai au colloque mais je n'irai pas à la soirée de clôture.
Michel